par
Keith Sweat et son producteur Teddy Riley. Davantage encore
que Sweat, Bobby Brown personnifie la dualité d'un
style qu'il a su imposer à l'Amérique toute
entière: à travers la fascination du jeune
public américain pour l'agressivité rythmique
et verbale de sa musique, symbolique de la pauvreté
dans laquelle il a grandi, c'est l'intégration par
le succès qu'il recherche, sorte de revanche par
l'argent sur une société à deux vitesses
qui laisse peu de chances aux plus démunis.
On
comprend mieux cette soif d'arriver quand on sait que Bobby
a grandi dans les cités d'Orchard Park, au cur
du ghetto de Roxbury à Boston. Fils d'un ouvrier
du bâtiment amateur de blues et d'une mère
institutrice qui l'emmenait voir James Brown en concert
lorsqu'il avait trois ans, il a traversé tous les
courants de la violence pendant son enfance jusqu'à
ce que la mort de son meilleur ami, assassiné sous
ses yeux en 1980, finisse par canaliser ses pulsions. Très
ambitieux, Bobby monte un groupe avec quatre copains qu'il
fait rire q':land il leur affirme que la gloire les attend.
A force de participer à des concours amateurs, ils
se font remarquer de Maurice Starr qui fait d'eux les héritiers
naturels des Jackson Five sous le nom de New Edition à
partir de 1983.
Trois
ans et autant de best-sellers plus tard, Bobby s'embarque
dans une carrière solo pour tenter d'échapper
à la soul adolescente dans laquelle ses producteurs
cantonnent New Edition. Le succès commercial de King
of Stage, porté par Girlfriend (un titre écrit
par les membres du groupe Collage et destiné originellement
aux Whispers, Numéro Un Black à l'automne
1986), est vécu comme une frustration par Brown qui
ne parvient pas à s'affranchir de son étiquette
de bubblegum soul star. Le virage ne survient que dix-huit
mois plus tard avec la publication de Don't Be Cruel qui
lance véritablement la mode du New Jack Swing en
se vendant à plus de sept millions d'exemplaires.
La présence aux côtés de Bobby de producteurs
phares comme Teddy Riley, Gene Griffin, LA. Reid et Babyface
Edmonds, n'est pas étrangère au succès
considérable de cet album et de ses cinq hits. Don't
Be Cruel, Numéro Un Black et huitième au Hot
100 pendant l'été 1988, est très vite
relayé par un titre autobiographique dans lequel
le chanteur règle ses comptes avec ceux qui lui reprochent
son départ de New Edition et l'accusent de se droguer:
My Prerogative assure son passage auprès d'un public
élargi en prenant la tête des classements Pop
trois mois après avoir dominé les charts noirs.
Puis c'est au tour de Roni, Every Little Step et Roek Wit'eha
de squatter les premières places des hitparades tout
au long de 1989, tandis que On Our Own, tiré de la
BO du film S. O.S. Fantômes II, lui donne pour la
première fois un single de platine. La meilleure
preuve de ce succès crossover est donnée par
les dirigeants de MCA lorsqu'ils choisissent Brown pour
chanter, en duo avec le chanteur de variété
Glenn Medeiros, une ballade intitulée She Ain't Worth
It, classée deux semaines à la première
place des charts Pop en juillet 1990.
Le
début de cette nouvelle décennie est marqué
par des changements d'importance pour Brown qui crée
la surprise en épousant Whitney Houston en juillet
1992. La chanteuse modèle de l'école soul-pop
a six ans de plus que le mauvais garçon du R&B
et les médias s'interrogent sur la vraisemblance
de cette union. La naissance de Bobbi Kristina en mars de
l'année suivante ne suffit pas à faire taire
les rumeurs, d'autant que la réputation de séducteur
de Bobby semble confirmée par la présence
dans son sillage de trois enfants nés au fur et à
mesure de ses tournées. Pour tenter de rassurer l'Amérique,
Brown et Houston interprètent ensemble Something
in Common, extrait de l'album Bobby dont la sortie a coïncidé
avec leur mariage. Malgré le passage intense sur
les ondes de quatre bestsellers successifs (Humpin' Around,
N° 1 R&B et W 3 Pop à la fin de l'été
1992, suivi de Good Enough, Cet Away et That's the Way Love
Is, tous classés dans le Top 10 noir l'année
suivante), ce recueil enregistre des ventes très
inférieures à celles du précédent,
avec deux millions d'exemplaires commercialisés;
pour Brown, il s'agit d'un échec d'autant plus cuisant
que sa femme fait huit fois mieux au cours de la même
période avec The Bodyguard.
La
situation ne s'est guère améliorée
depuis pour le chanteur qui n'est retourné en studio
qu'en 1993 pour proposer, sous l'appellation B. Brown Posse,
une série de rencontres avec des amis comme Stylz
et Harold Travis, avant de publier quatre ans plus tard
le recueil Forever, largement ignoré par le grand
public. Showman explosif mais chanteur limité, Bobby
Brown semble avoir du mal à trouver sa voie en l'absence
d'un groupe capable de mettre en valeur son énergie,
ce que semblait confirmer en 1996 la réussite, commerciale
et artistique, de ses retrouvailles avec New Edition sur
Home Again.