rare
que les producteurs du tournant des années 1970 ont
su utiliser en faisant appel à lui pour intéresser
la jeune Amérique des campus à des artistes
afro-américains tels que Wilson Pickett, Aretha Franklin
et Sly Stone. Par la suite, éclipsé par un
R&B urbain tourné vers la danse, Womack est retourné
en studio dans les années 1980 pour se composer une
personnalité artistique plus poétique et réfléchie.
Mais quelle que soit sa façon de s'exprimer, le Preacher
a invariablement puisé son inspiration dans ses racines
religieuses, comme illustre son retour récent au
gospel.
Chez
les Womacks, la musique reste avant tout liée à
l'église. après avoir chanté et joué
de la guitare au sein d'un quartette religieux baptisé
les Voices of Love, Friendly Womack attend que ses fils
Bobby, Cecil, Curtis, Harry et friendly Jr. aient atteint
l'âge de raison pour monter un premier ensemble vocal.
Au cours de la seconde moitié des années cinquante,
les Womack Brothers apprennent leur métier sur le
circuit gospel dans l'ombre des Five Blind Boys of Mississippi,
des Pilgrim Travelers, des Swan Silverstones avec qui officie
leur cousin Solomon Womack ou encore des Soul Stirrers dont
le solist, Sam Cooke, se lie avec Bobby. Cooke est à
l'origine de la conversion au rhythm & blues des Womack
Brothers au début de la décennie suivant.
Lui-même star de la chanson depuis le succes de You
Send Me en 1957, il commence par engager Bobby comme guitariste
dans son orchestre de scène avant de l'inciter à
sauter le pas pour faire carrière dans la chanson
avec ses frères sous le nom des Valentinos, contre
la volonté de leur père. La facilité
avec laquelle s'effectue cette transition est flagrante
dès le premier succès des cinq frères
en 1962, Lookin' for a Love, dont le texte est simplement
plaqué sur la mélodie d'un standar de gospel
intitulé Couldn't Hear Nobody Pray. Quelques mois
plus tard, Bobby quitte l'orchestre deCooke pour mieux se
consacrer aux Valentinos pour lesquels il compose un nouveau
standard; si It's All Over Now se vend modestement dans
les ghettos, il séduit en revanche les Rolling Stones
qui en font un standard du rock britannique naissant en
1964.
La mort brutal de Sam Cooke à la fin de 1964 vient
bouleverser la carrière deBobby Womack. Le jour de
l'enterrement de son ancien protecteur, devant un parterre
de vedettes du gospel et de la soul réunies autour
du cercueil de Cooke, il fait scandale en portant l'un des
costumes du mort, accroché au bras de sa veuve avec
laquelle il se marie peu après malgré les
treize années qui les séparent. privés
de l'appui de leur mécène, les Valentinos
ont du mal à survivre et finissent pas se séparer
en 1966 après avoir enregistré une dernière
série de singles pour Checker. Dans la confusion
qui suit, Cecil Womack épouse Mary Wells dont il
devient le manager etBobby se reconvertit dans le domaine
de la production en proposant ses services comme musicien
de studio et auteur-compositeur. A l'époque, on peu
entendre sa guitare derrière Aretha Franklin, Joe
Tex, Ray Charles, King Curtis ou encore Wilson Pickett pour
qui il compose abondamment: Ninety-Nine and a Half en 1966,
I'm in Love en 1967, I'm a Midnight Mover en 1968. Pour
ce personnage ambitieux à la personnalité
flamboyante, l'ombre des studios est source de frustration
; Bobby souhaiterait voir repartir sa propre carrière
d'interprète, mais diverse tentatives sur Chess,
Atlantic, Keymen et Him échouent. La roue tourne
à partir de 1968 avec son entrée chez Minit,
un label affilié à la compagnie Liberty. le
succès commercial de What Is This est sans doute
limité, mais il a le mérite de familiariser
pour la première fois le public avec le nom de Bobby
Womack. Très rapidement, celui-ci manifeste sa volonté
d'aller plus loin en s'affranchissant des frontières
culturelles qui séparent le rhythm & blues de
la variéte lorsqu'il s'empare de Fly Me to the Moon,
un hit Pop pour Joe Hamell en 1963, de California Dreamin'
qu'il est alllé chercher dans le répertoire
de The Mamas & the Papas, ou encore de I Left My Heart
in San Francisco qui avait donné un best-seller à
Tony Bennett en 1962. Pour Bobby, cette politique rassembleuse
lui permet de mettre un pied dans la porte du succès
en attendant de laisser s'exprimer sa créativité.
Chez
Chips Moman - l'un des premiers acteurs de l'aventure Stax
qui dirige désormais le studio American à
Memphis - comme à Muscle Shoals en Alabama, il engrange
les hits: How I Miss my baby en 1969, More Than I
can Stand et I'm Gonna Forget About You en 1970, The Preacher
(Part 2) auquel il doit son surnom en 1971, à la
veille d'une saison 1972 florissante qui voit son nom s'afficher
à trois reprises dans le Top 10 Soul avec That's
the Way I Feel About Cha, Harry Hippie (un hommage à
son frère Harry, poignardé par une fiancée
jalouse deux ans auparavant, qui dépasse le million
d'exemplaires vendus) et Woman's Gotta Have It, un Numéro
Un dû à la plume de son frère Cecil
et de Linda Cooke. Les albums Communication et Understanding,
très bien placés dan les meilleurs ventes
de 33-t noirs, servent parallèlement de vitrine à
la réussite de ce musicien novateur qui alterne compositions
originals et standards Pop revisités à sa
manière, le tout habillé de monologues parlés
qui créent un climat intimiste caractéristique
de son oeuvre. Lorsque Minit, avalé dans un premier
temps par Liberty, est racheté par United Artists,
Womack est invité à écrire Across 110th
Street pour le folm du même nom (Meurtres dans le
110e Rue) avec Anthony Quinn, à une époque
où la mode des blaxploitation movies, ces polars
cinématographique doublement noirs, est à
son zénith. on est en 1973 et Womack ne montre aucun
signe d'usure avec la sortie de Facts Of Life, consacré
par Nobody Wants You When You're Down and Out. Avec son
album de 1974, Lookin' for Love Again, Womack obtient son
plus grand best-seller, une reprise de son tout premier
succès, Looking for Love, qui prend la tête
des classements Soul et l'initie pour la première
et unique fois de sa carrière au Top 10 Pop. Ce triomphe
fait figure de bouquet final pour Bobby; troublé
par le succès, il oublie de privilégier sa
créativité et ses enregistrements perdent
progressivement de leur impact. Daylight en 1976 marque
la fin de son association fructueuse avec United Artists
et les trois albums qu'il réalise pour Columbia et
Arista ne font rien pour redorer son blason. Perdus entre
le disco et le funk, les représentants de l'école
soul traditionnelle traversent le désert et Womack
ne fait pas exception à la règle.
Le
retour en grâce s'opère à partir de
1980 grâce à Wilton Felder, saxophoniste co-fondateur
des Crusaders, qui fait appel à Womack pour l'album
Inherit the Wind. Un an plus tard, il entre chez Beverly
Glenn, le label que vient de créer un ancien dirigeant
d'ABC, Otis Smith. The Poet, en tête des ventes d'albums
Soul au début de 1982 avec If You Thin You're Lonely
Tonight, affirme haut et fort des valeurs soul que l'on
croyait dépassées, apportant la preuve que
le disco finissant et le rap naissant n'ont pas le monopole
de l'attention des Afro-américains. Pour Beverly
Glenn, la tentation est grande de poursuivre sur cette lancée
en 1984 avec The Poet II, un recueil d'inédits dont
le titre le plus fort, Love Has Finally Come at Last, voit
Womack dialoguer avec Patti LaBelle. Si Bobby est satisfait
de voir sa carrière rebondir, il s'insurge de n avoir
pas été consulté par Otis Smith et
claque la porte de sa maison de disques. Après l'intermède
de I'll Still Be Looking' Up To You - un duo avec la chanteuse
de son orchestre, Alltrinna Grayson, publié sur l'album
Secrets de Wilton Felder en 1985 -, il retrouve sa pleine
liberté artistique en enregistrant chez MCA So Many
Rivers. Adulé de longue date en Europe, en particulier
en Belgique et en Grand-Bretagne, Womack entame peu après
une collaboration payante avec les Rolling Stones, accompagnant
Mick Jagger sur Harlem Shuffle de Bob & Earl en 1986.
Commercialement moins probant, Womagic marque ses retrouvailles
avec Chips Moman au début de l'année suivante.
Le
tournant des années 1990 est marqué par d'autres
duos, notamment Ain't NOthin Like the Lovin We Got pour
Malaco où il donne la réplique à Shirley
Brown et Trying Not to Break Down, enregistré à
deux voix avec Ronald Isley en 1994, l'année où
sort Ressurection produit par Ron Wood des Rolling Stones.
Même si le succès s'est assagi aujoud'hui,
la legende de Bobby Womack suffit à alimenter son
carnet de tournées,entre l'Amérique et l'Europe.
Définitivement rassuré sur la place qu'il
occupe dans l'histoire de la soul, le Preacher a souhaité
renouer avec le gospel en 1999, enregistrant le recueil
de Noel Traditions, et surtout Back to My Roots. De son
propre aveu, ce retour aux sources était un moyen
de rendre hommage à un père qui n'avait jamais
accepté de voir ses fils quitter le giron de l'église,
mais le hasard a voulu que Friendly Womack Sr. meure au
cours de la réalisation de ce projet rédempteur.